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  • QUAND LE PRINTEMPS

     

    Quand le printemps commence à revenir,

    Retournant l'an en sa première enfance,

    Un doux penser entre en mon souvenir

    Du temps heureux que ma jeune ignorance

    Cueillit les fleurs de sa verte espérance.

     

    Puis, quand le ciel ramène les longs jours

    Du chaud Été, j'aperçois que toujours

    Avec le temps s'allume le désir

    Qui seulement ne me donne loisir

    D'aviser l'ombre et mes passés séjours.

     

    Puis, quand Automne apporte le plaisir

    De ses doux fruits, hélas, c'est la saison

    Où de pleurer j'ai le plus de raison,

    Car mes labeurs ne l'ont jamais connue:

    Mais seulement, en ma triste prison,

    L'Hiver extrême ou l'Été continue.

     

    MELIN DE SAINT-GELAIS (1491-1558)


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  • Le Cancre

    Il dit non avec la tête Mais il dit oui avec le cœur

    Il dit oui à ce qu’il aime Il dit non au professeur

    Il est debout On le questionne

    Et tous les problèmes sont posés

    Soudain le fou rire le prend Et il efface

    tout Les chiffres et les mots

    Les dates et les noms

    Les phrases et les pièges

    Et malgré les menaces du maître

    Sous les huées des enfants prodiges

    Avec des craies de toutes les couleurs

    Sur le tableau noir du malheur

    Il dessine le visage du bonheur.

    Jacques Prévert


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  • Soir de Printemps

    Premiers soirs de printemps : tendresse inavouée...

    Aux tiédeurs de la brise écharpe dénouée...

    Caresse aérienne... encens mystérieux...

    Urne qu'une main d'ange incline au bord des cieux...

    Oh ! Quel désir ainsi, troublant le fond des âmes,

    Met ce pli de langueur à la hanche des femmes ?

    Le couchant est d'or rose et la joie emplit l'air,

    Et la ville, ce soir, chante comme la mer.

    Du clair jardin d'avril la porte est entr'ouverte,

    Aux arbres légers tremble une poussière verte.

    Un peuple d'artisans descend des ateliers ;

    Et, dans l'ombre où sans fin sonnent les lourds souliers,

    On dirait qu'une main de Véronique essuie

    Les fronts rudes tachés de sueur et de suie.

    La semaine s'achève, et voici que soudain,

    Joyeuses d'annoncer la pâques de demain,

    Les cloches, s'ébranlant aux vieilles tours gothiques,

    Et revenant du fond des siècles catholiques,

    Font tressaillir quand même aux frissons anciens

    Ce qui reste de foi dans nos vieux os chrétiens !

    Mais déjà, souriant sous ses voiles sévères,

    La nuit, la nuit païenne apprête ses mystères ;

    Et le croissant d'or fin, qui monte dans l'azur,

    Rayonne, par degrés plus limpide et plus pur.

    Sur la ville brûlante, un instant apaisée,

    On dirait qu'une main de femme s'est posée ;

    Les couleurs, les rumeurs s'éteignent peu à peu ;

    L'enchantement du soir s'achève... et tout est bleu !

    Ineffable minute où l'âme de la foule

    Se sent mourir un peu dans le jour qui s'écoule...

    Et le coeur va flottant vers de tendres hasards

    Dans l'ombre qui s'étoile aux lanternes des chars.

    Premiers soirs de printemps : brises, légères fièvres !

    Douceur des yeux ! ... tiédeur des mains ! ...

    langueur des lèvres !

    Et l'amour, une rose à la bouche, laissant

    Traîner à terre un peu de son manteau glissant,

    Nonchalamment s'accoude au parapet du fleuve,

    Et puisant au carquois d'or une flèche neuve,

    De ses beaux yeux voilés, cruel adolescent, Sourit, silencieux, à

    la nuit qui consent.

    Albert SAMAIN


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  • L'auteur et les souris

    Un auteur se plaignait que ses meilleurs écrits

    Etaient rongés par les souris.

    Il avait beau changer d'armoire,

    Avoir tous les pièges à rats

    Et de bons chats, Rien n'y faisait : prose, vers, drame, histoire,

    Tout était entamé ; les maudites souris

    Ne respectaient pas plus un héros et sa gloire,

    Ou le récit d'une victoire,

    Qu'un petit bouquet à Chloris.

    Notre homme au désespoir, et, l'on peut bien m'en croire,

    Pour y mettre un auteur peu de chose suffit,

    Jette un peu d'arsenic au fond de l'écritoire ;

    Puis, dans sa colère, il écrit.

    Comme il le prévoyait, les souris grignotèrent,

    Et crevèrent.

    C'est bien fait, direz-vous ; cet auteur eut raison.

    je suis loin de le croire : il n'est point de volume

    Qu'on n'ait mordu, mauvais ou bon ;

    Et l'on déshonore sa plume

    En la trempant dans du poison.

    Jean Pierre Claris de FLORIAN


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